jeudi 24 février 2011

Suite à votre Question

Traduction de la réponse d'Alice Miller au courrier "Followup to your question".

"Vous écrivez: "Je n'ai pas demandé à mes patients si ils étaient battus dans leur enfance, principalement parce que mes patients sont toujours dans l'enfance (je suis une pédiatre cardiologue, donc mes patients sont des enfants) et les parents sont presque toujours avec leurs enfants à la visite à la clinique." Si j'étais un pédiatre, je demanderais à TOUS les parents si ils tapent leurs enfants et je leur dirais de ne jamais faire ça. Même et précisément en présence de l'enfant. Je leur dirais qu'un enfant frappé grandit dans la peur, la douleur et la rage supprimée qui peut être pour au moins la majorité exprimée par d'autres moyens qu'à travers la maladie. Pourquoi un enfant effrayé en permanence ne devrait il pas devenir malade ?"


Version Originale:

AM: You write: “I have not asked my patients if they were beaten in childhood, mostly because my patients are still in childhood (i am a pediatric cardiologist, so my patients are children), and parents almost always are with their children at the clinic visit.”If I were a pediatrician, I would ask EVERY parent whether they spank their children and tell them never to do this. Even and precisely in the presence of the child. I would tell them that a spanked child grows up in fear, pain and suppressed rage that at least for many hardly can be expressed in another way than through illness. Why should a permanently scared child NOT become ill?"

Lavage de Cerveau dans le Cursus Médical

Traduction de la réponse d'Alice Miller au courrier "Brainwashing in the medical training".

On découvre dans cette lettre comme même la formation dite médicale ne cherche pas à trouver les moyens de guérir la maladie, mais fait tout pour cacher les causes de ces maladies et la couvrir au lieu de permettre au patient de guérir, tout ça pour protéger les parents qui rendent l'enfant malade.

"Merci beaucoup de votre lettre importante et d'avoir pris part à cette discussion. Vous écrivez: "J'ai utilisé le manque de compassion dont j'ai fait l'expérience pour renforcer la compassion que je ressens pour mes propres patients, ce qui donne des résultats incroyablement enrichissants. " Avez vous déjà essayé de demander à vos patients si ils étaient battus dans l'enfance ? Je l'ai suggéré de nombreuses fois à de nombreux médecins, mais ils avaient peur de le faire. Seulement l'un d'eux l'a fait et il a été supris qu'une longue histoire de maladies chroniques soit arrivé à son terme après que la douleur de l'enfance ai fait surface. Malheureusement, plein de docteurs, gardent leurs secrets cachés à eux mêmes, donc ils ne peuvent que difficilement offrir de la compassion à leurs patients, tout leur artifice de sécurité peut s'effondrer. Ils ne savent pas que c'est exactement ce qui pourrait donner à eux et à leurs patients l'opportunité de vivre leur propre vie authentique, sans les mensonges et les secrets qui doivent protéger les parents."



Version Originale:

"AM: Thank you so much for your important letter and for taking part in this discussion. You write: "I have used the lack of compassion i experienced to heighten the compassion i feel for my own patients, with incredibly rewarding results." Have you already tried to ask your patients if they were beaten in childhood? I suggested it many times to many physicians but they were afraid to do so. Only one of them did it and was surprised that a long story of a chronic illness came to an end after the pains of the childhood had come to the surface. Unfortunately, so many doctors keep their own secrets hidden to themselves, thus they can hardly offer compassion to their patients, their whole artificial security may fall away. They don't know that exactly this could give them and their patients the opportunity to live their own authentic lives, without the lies and without the secrets that must protect the parents."

Vivre Votre Vie

Traduction de la réponse d'Alice Miller au courrier "Living your life".


"Merci à vous de me dire que vous vivez votre vie. N'est-il pas surprenant que nous nous sentions mieux aussi tôt que nous osons voir comment nous nous sentions effrayés avant ? Malheureusement, la plupart d'entre nous attendent des punitions si ils osent regarder dans leur enfance."

Version Originale:

AM: Thank you for telling me that you now live your life. Isn't it amazing that we feel better as soon as we dare to see how awful we felt before? Unfortunately most of us expect punishment if they dare to look into their childhood.

mardi 8 février 2011

Ne Jamais Céder

Traduction du texte "Bloss nie nachgeben" de Claudio Breda du site d'Alice Miller.

Ne Jamais Céder

Samedi 16 décembre 2006


Courrier adressé aux lecteurs du « Zürcher Zeitung Tagesanzeiger» suite à la parution, dans son magazine du 21.08.06, d’un article donnant des conseils sur l’éducation des bébés.


Je me place dans la peau d’un nouveau-né pour vous expliquer la situation de mon point de vue. Je ne sais pas pourquoi vous, les grands, vous débitez des choses aussi absurdes au sujet des petits êtres que nous sommes. C’est pourquoi je ne suis absolument pas d’accord avec vos méthodes d’éducation et vos règles. Je voudrais bien au contraire vous sensibiliser sur quelque chose que la plupart d’entre vous ont refoulé pour ne pas avoir à y être confronté. Cela concerne le temps ou vous étiez vous-mêmes de petits êtres sans défense. Malheureusement nous ne sommes pas complètement développés au moment de notre naissance et nous ne sommes pas assez mûrs pour subvenir à nos propres besoins. Mais nous ne sommes avant tout pas en mesure de comprendre vos règles totalement abstraites et d’en parler avec vous. Dans les premières années de notre vie, nous avons absolument besoin de la présence permanente et de la protection de nos parents. Nous craignons pour notre vie lorsque nous sommes seuls. Nous montrons cela au travers de nos cris. Ne nous laissez jamais seuls ! Je suis étonné de constater que vous, les adultes, sachiez très bien que la pire des tortures infligée à ceux enfermés dans vos prisons est la solitude liée à l’isolement. Pourtant vous agissez exactement de la même façon avec nous les bébés lorsque vous nous isolez seuls dans une chambre ou que vous nous laissez seuls. Et bien souvent en nous enfermant en plus dans une cage de bois pour qu’il nous soit impossible de sortir pour vous rejoindre. Vous ne semblez pas comprendre que nos pleurs sont le signe de la torture que représente pour nous le fait d’être séparés de vous. Vous trouverez mille raisons à nos pleurs mais refuserez d’en admettre la plus évidente.


N’oubliez pas que ne nous savons pas ce que représente une nuit, notre notion du temps qui passe n’est pas encore développée. Lorsque vous vous cachez derrière les murs d’une pièce, nous pensons tout simplement que vous nous avez abandonnés.


Nos capacités de reconnaître un lieu géographique ne se développent que dans les années qui suivent. Croyez-moi, nous avons une peur monstre lorsque vous nous laissez seuls. Et concernant vos drôles de règles, laissez-moi vous rappeler que nous ne comprenons absolument rien aux mots oui et non, bien et mal, avant d’avoir l’âge de 2 ans. Nous souffrons en permanence pendant les premières années de notre vie à cause de vos règles. C’est désespérant. Il nous faut dissimuler cette peine si nous voulons survivre. Réfléchissez bien : croyez-vous que nos ancêtres qui vivaient dans les grottes auraient éloigné leurs enfants d’eux pour dormir ? Ils auraient été une proie facile pour le premier prédateur venu. Nous craignons pour notre survie lorsque nous sommes séparés de vous. Pourquoi vous, les adultes, avez-vous peur lorsque vous vous retrouvez seuls la nuit dans une forêt ?Pourtant vous nous mettez dans des situations semblables sans même vous en rendre compte. C’est un vrai calvaire pour nous.


Plus tard, une fois que nous sommes adultes, nous nous «vengeons» inconsciemment en agissant de la même manière avec nos propres enfants. C’est ainsi et pas autrement que nous l’avons appris ! La société applique ces règles et ces méthodes barbares sans jamais les remettre en cause. Pourquoi ? Car une analyse critique conduirait en terrain inconnu. J’ai souvent pu observer à quel point une soirée joyeuse entre vous grandes personnes pouvait s’assombrir lorsque quelqu’un se permet de soulever le débat sur des questions liées à votre enfance. Sujet très sensible, très très sensible. Un tabou détourné de façon très élégante dans des textes comme l’article de «Magazin». Détourner, c’est éviter de confronter. Comme nous n’avons pas connu autre chose, nous n’avons de cesse de faire subir aveuglement encore et encore les mêmes supplices à nos enfants, de la même façon que nous les avons subis nous-mêmes et ne nous en rendons pas compte.


Une fois de plus ou de moins, voire pas du tout, cela dépend du vécu de chacun. Vous êtes vraiment capables de trouver de nombreuses explications pour justifier les supplices psychiques et émotionnels que vous nous faites subir à nous les enfants. Vous traitez votre progéniture de voleurs de sommeil qu’il faut dompter à l’aide de règles strictes. On peut dire qu’on se retrouve plus ou moins au moyen-âge. A cette époque, on disait des enfants qui avaient subi de mauvais traitements qu'ils étaient tous étaient diaboliques et que seuls les coups et la discipline pouvaient chasser ce mal. Je constate que vous croyez encore aujourd’hui à ce genre de principes même si c’est sous une autre forme. Cette hérésie (terrible héritage générationnel) est soigneusement évitée par les soi-disants spécialistes.


Par ailleurs, nous devons avoir au moins deux ans pour comprendre ce qu’est une règle. Notre cerveau ne le distingue qu’à partir de ce moment-là. Toute tentative de votre part de nous imposer une règle est considéré par nous comme une torture dont nous ne comprenons absolument pas le pourquoi. Vous détruisez notre âme et anéantissez notre volonté. Vous ne faites rien de plus que nous martyriser et nous tourmenter. Les psychologues spécialistes du développement le savent depuis longtemps. Pourquoi ce savoir n’est-il pas depuis tout ce temps enseigné dans nos écoles ? Je suis scandalisé que vous les adultes refusiez de voir en face la souffrance qui fut la vôtre à l’époque. Cela permettrait pourtant à toute l’humanité d’échapper à ce cauchemar. Vous devez vraiment prendre conscience de ce que vous subissez et nous faites subir afin de rectifier cette impitoyable erreur de comportement qui se transmet inconsciemment et sans cesse de génération en génération. Vous vous considérez comme des êtres intelligents mais pour ce qui concerne l’éducation du nouveau-né, la plupart d’entre vous n’ont pas évolué en raison de l’aveuglement émotionnel qui les a gagné. Etudiez donc notre histoire pour mieux comprendre ce que je veux dire par «aveuglement» devant la douleur qu’est la nôtre, celle des enfants. Un tel refus d’admettre de nouvelles connaissances n’est pas unique dans notre histoire. Avez-vous déjà entendu parler de la thèse copernicienne ? La théorie de la préformation ou la certitude que vos bateaux sombrent une fois arrivés aux limites de l’horizon ? Les petits êtres que nous sommes vous privons de vos nuits et vous dérobons votre temps si précieux; pour beaucoup nous serions même insupportables au point de gâcher vos vies.


Sans règles strictes nous deviendrions des êtres totalement irresponsables. Cette conception n’est malheureusement que le reflet de la douleur ressentie dans votre propre enfance. Vous ne faites rien de plus que réunir les conditions pour engendrer un nouvel enfant repoussé. Pour être honnête, je trouve tout cela vraiment malsain. Il vous faut tout d’abord prendre conscience du mal-être que devait être le vôtre alors que vous étiez aussi jeune et fragile que je le suis aujourd’hui. Et croyez-moi, si vous commencez à chercher, vous trouverez ! Et c’est là que çà coince. Vous redoutez tant ce que vous pourriez découvrir que vous préférez persister dans l’ignorance et reproduire et même cautionner ce qui vous a été imposé par le passé. Beaucoup d’entre vous ne comprendront pas mes dires et les rejetterons catégoriquement. Et c’est bien triste ....


Ceux parmi vous qui après avoir recherché sans relâche reprennent conscience de ce passé refoulé depuis depuis tant d’années au plus profond d’eux-mêmes et commencent à réfléchir à la question finiront par tout comprendre. Beaucoup seront effrayés mais pourront s’en récompenser en évitant à leurs bébés de connaître implacablement le même sort. Ils parviendront à discerner le mal et à faire confiance à leur instinct retrouvé. Une récompense plus importante que n’importe quelle carrière et plus forte que les ambitions de pouvoir et de richesse. Ces personnes nimposeront à leurs enfants plus rien qu’ils ne seraient pas en mesure d’accepter pour eux-mêmes en tant qu’adultes. Et celui qui réussit cela constatera avec joie comme il nous est aisé à nous les bébés de grandir dans la joie. Tout comme une petite plante que l’on nourrit et que l’on protège des intempéries, de la chaleur et de la sècheresse afin qu’elle grandisse rapidement, les bébés que nous sommes grandiront paisiblement s’ils peuvent compter sur votre protection et votre amour absolu et dépourvu de toute règle.


Je ne connais personne qui se permet de dire à une plante comment et quand elle doit se développer. Elle le sais très bien elle-même tout comme nous les bébés nous le savons. S’il en est un parmi vous qui crie au scandale en invoquant mille raisons pour expliquer la nécessité d’imposer des règles comme celles qu’il a connu en grandissant, c’est que j’aurais réussi à éveiller en lui cette douleur qu’il refoulait depuis si longtemps. S’il parvient à l’identifier, il pourra enfin analyser cet aveuglement émotionnel et voir quelles règles pénibles il nous afflige à nous petits bébés pour enfin refuser de suivre la plupart de ces règles. Cette personne me comprendra lorsque je dis : «Faut-il laisser grandir les bébés ? Les bébés deviendront tout naturellement des individus responsables qui feront la joie de leurs parents et de leur entourage à condition qu’ils grandissent dans un environnement émotionnellement stable et respectueux de sa personnalité»


Votre bébé


Féminisme, Marxisme et Enfance

Traduction en Français de l'article d'Alice Miller en Allemand: "Feminismus, Marxismus und Kindheit".


Note: la traduction officielle est maintenant disponible sur le site d'Alice Miller: http://www.alice-miller.com/articles_fr.php?lang=fr&nid=123&grp=11


Féminisme, Marxisme et Enfance
Mercredi 01 Décembre 2004.

J’ai récemment lu dans un journal un entretien avec une femme écrivain que j'appellerai ici Mme X et qui m’a permis de comprendre à quel point les idéologies occultent les douleurs refoulées de l’enfance et leurs conséquences sur le reste de notre vie. Mme X qui fut autrefois communiste et est restée féministe parle ouvertement et sans détours de sa souffrance mais ne semble absolument pas avoir saisi les conséquences des évènements marquants de son enfance. Elle semble curieusement n’avoir aucune envie de réfléchir sur sa propre personne, son histoire et de comprendre les origines de son mal. Beaucoup d’auteurs se comportent aujourd’hui de la sorte : ils n’accordent aucune importance à leur propre histoire et se ridiculisent eux-mêmes de façon lamentable en se basant sur de quelconques idéologies. Ceci les conduit souvent à faire d’absurdes déclarations comme par exemple en prétendant que seules les femmes et non les hommes souffrent dans notre société.

Mme X raconte par exemple que lorsqu’elle était enfant, son père l’emmenait souvent au cinéma voir des documentaires sur les camps de concentration. Mais jamais elle ne se pose la question de savoir si cela ne fut pas pour elle un grave traumatisme qui aurait pu avoir des conséquences sur toute sa vie et être la source de graves angoisses. Car même si son père n’en était pas conscient et n’avait que de nobles attentions, cela ne change rien aux préjudices subis par l’enfant.

L’entretien ne laisse paraître aucune révolte à l’égard du comportement de ce père, aucune colère, pas la moindre indignation, mais également aucune compassion pour cette petite fille qui a été soumise à de terribles angoisses en découvrant le monde sous un aspect horrible auquel aucun enfant n’est capable de s’identifier. Sa mère étant présentée comme une personne dure et autoritaire, on peut supposer que la petite fille n’avait d’autre choix que de trouver du réconfort auprès de son père. Ce dernier l’emmenait au cinéma, ce qui lui donnait ainsi l’impression d’être proche de lui bien qu’elle avait une peur monstre dans ces mêmes moments. Mais à l’âge adulte, cette femme ne fait pas le moindre rapprochement entre ses angoisses et les évènements de son enfance. Tout cela est si loin !

Et à la fin de l’entretien tombe alors sans surprise l’information suivante : Mme X n’a besoin d’aucune thérapie car elle se soigne avec des bêta-bloquants, des antidépresseurs, des somnifères et du valium. Si elle devait choisir une thérapie, elle se déciderai pour une thérapie comportementale chez un spécialiste qui l’obligerait à rester au cinéma même si les portes restaient fermées et qu’elle ne pourrait quitter la pièce, etc ...

Cette idée d’une thérapie violente qui proposerait à l’adulte qu’elle est devenue de revivre les choses effrayantes auxquelles elle a assisté avec son père apparaît comme une macabre fantaisie. Mais elle suit tout à fait les principes de notre société actuelle qui s’est donné pour principe de ne jamais chercher les causes d’une souffrance psychique dans l’enfance. Aujourd’hui on traite les graves troubles psychiques à l’aide de médicaments, de drogues ou d'antidépresseurs en invoquant diverses idéologies parfois marxistes pour justifier ce recours.

Mme X raconte pendant l’entretien qu’il faudrait la dresser tel un chien car (selon elle) l’homme est un animal. Le psychiatre devrait la traîner chaque soir dans 5 théâtres ou au cinéma et si elle manifestait le désir de sortir, il devrait la retenir et lui dire : «Non, vous restez assise ici !» Elle prétend qu’il faudrait simplement appliquer pour elle la méthode répressive, une discipline de fer. Pourquoi cette féministe cherche-t-elle à être dressée ? Tient-elle ses mots de sa mère ? Quelle est le rôle de cette dernière dans les crises de panique de sa fille ? Une féministe peut-elle se permettre cette question ?

On ne peut bien sûr pas reprocher à quelqu’un de ne pas vouloir faire face aux douleurs de son enfance. Une telle décision ne se prend pas naturellement et de plein gré mais est l’aboutissement d’une destinée tragique. Si l’enfant avait eu à l’époque le soutien d’une tierce personne, alors elle aurait pu tirer profit de cette expérience une fois adulte et n’aurait pas eu recours à une quelconque idéologie pour contenir son mal. Ces idéologies servent parfois de bouée de secours car elles donnent le sentiment que les choses avancent et nous préservent de l’isolement du fait que beaucoup de gens les partagent avec nous.

J’ai pris conscience de l’objectif véritable et non avoué de l’idéologie marxiste tout d’abord pendant mes études en Pologne puis plus tard en Suisse auprès de psychanalystes marxistes qui tenaient un discours auquel je ne comprenais pas le moindre mot. J’avais aussi du mal à me faire comprendre avec un langage simple. Tout ce que je relatais sur mon expérience n’était que du chinois pour eux et je dois avouer que les discours théoriques de ces gens sonnaient également comme du chinois à mes oreilles. Et nous n’arrivions pas à mieux nous comprendre dans le cadre de conversations en tête à tête. Leurs théories formaient un espèce de mur infranchissable entre nous et il m’est même arrivé de penser que quelque chose n’allait pas avec moi. C’est lorsque que j’ai commencé à publier des livres que j’ai compris que je n’y pouvait rien si certaines personnes n’arrivaient pas à adhérer à ma manière de voir les choses; elle s’accrochaient simplement à des principes qu’elles s’étaient établis pour fuir une douloureuse réalité. J’ai alors réalisé que chaque idéologie pouvait servir à nier les faits et leurs conséquences et qu’elle peut donc représenter un danger non seulement pour une personne mais aussi pour toute la société. Beaucoup de ceux qui ne se cachaient pas derrière ces principes parvenaient à me comprendre mais aussi à se trouver eux-mêmes. Ils ne se sentaient pas obligés de se référer à Karl Marx.

Il n’est bien sûr pas nécessaire que les lecteurs me comprennent du moment qu’ils se comprennent par eux-mêmes ou qu’il n’en ressentent pas le besoin si cette dépossession de leur personnalité ne leur cause aucune souffrance . S’ils se sentent bien ainsi c’est tant mieux. Certains cependant ne sont pas à l’aise avec cette situation et je pense que l’auteur Mme X fait partie de ceux-là : elle décrit très bien sa douleur lors de l’entretien, même si elle s’en moque ouvertement et se refuse à en reconnaître les origines. Mais cela peut encore changer.

Cet entretien n’est qu’un exemple parmi de nombreux autres de l’aveuglement et de l’indifférence que nous avons développés au cours des années dans notre société à l’égard des enfants que nous étions tous. Dans la presse, cet aveuglement est à l’origine de déclarations étonnantes qui reposent sur des recherches scientifiques et qui sont de toute évidence fausses. Le Spiegel en ligne du 26.11.04 a par exemple publié un article avec le titre ambigu de « En chacun de nous se cache un tortionnaire» et qui devait soi-disant présenter une grande découverte. Il y est dit qu’un célèbre institut de recherche américain a pu prouver grâce à un financement substantiel et en se basant sur l’Expérience de Milgram que chaque personne est capable de sadisme et de perversion si elle est placée dans certaines conditions. C’est absolument faux.

J’avais déjà lutté contre cette thèse dans mon article "Les origines de la perversion dans l'enfance refoulée
" (Le Sadisme Pur) concernant les origines de la perversion et que j’ai écrit en réaction aux actes de tortures commis dans les prisons irakiennes. Si cette hypothèse s'avérait exacte alors je suis persuadée que tous les survivants des camps de concentration auraient plongé dans le sadisme. Ce ne fut absolument pas le cas. La plupart d’entre eux ont gardé leur dignité bien qu’ayant été victimes de tortures pendant des années (et ce alors qu’ils étaient déjà adultes et en présence de témoins, ils n'étaient donc plus des enfants). Cette constatation à elle seule contredit les résultats soi-disant scientifiques qui sont évoqués sans analyse critique dans le Spiegel En Ligne. Il est faux de dire que chaque personne est un tortionnaire en puissance. Mais il est cependant vrai que tous ceux qui ont été martyrisés dans leur enfance sans personne pour les aider sont potentiellement capables d’actes cruels dans certaines conditions et si l’occasion se présente. C’est pour cela que l’Expérience de Milgram a pu montrer que de nombreuses personnes (mais justement pas toutes !) étaient capables de torturer sur commande. Mais il y avait parmi ces gens des exceptions, et il s’agissait de personnes qui n’avaient pas subi de tortures physiques ou psychologiques dans leur enfance. Malheureusement ces gens-là sont toujours considérés comme des cas exceptionnels, même 50 ans après l’expérience de Milgram.

mercredi 2 février 2011

A Propos de Françoise Dolto

Voici les documents du site d'Alice Miller au sujet de Françoise Dolto:

Réponse d'Alice Miller:
"Merci beaucoup pour votre lettre. Je suis contente que vous réussissiez apparemment à entrer en contact avec des auditeurs attentifs et à éveiller leur intérêt. Je suis également très contente que vous ayez percé à jour l’aspect destructeur des théories freudiennes, ce que Dolto n’avait malheureusement pas détecté. Autrefois, je pensais qu’une école des parents pourrait aider à briser la chaîne de la violence mais avec le temps, je suis devenue plus sceptique parce que je vois clairement que l’on ne peut pas apprendre l’empathie pour son enfant par des livres ou des conférences, tant que les souffrances de sa propre enfance sont totalement niées. Je pense que l’empathie authentique s’éveille seulement avec l’accès à sa propre histoire. Sinon, la peur des parents, refoulée, donc inconsciente, se transforme en haine à l’égard de son propre enfant, malgré les informations intellectuelles. Qu’en pensez-vous ?"
Réponse de Brigitte Oriol:

"Merci d'avoir écrit sur les propos tenus par Françoise Dolto reconnue chez nous comme une "défenseuse" de l'enfant, parce qu'elle parlait souvent avec compassion pour lui, mais elle n'en était pas moins psychanalyste Freudienne qui a toujours protégé avant tout les parents.
Ce qui est cité ici montre très bien comme elle pouvait être aussi cruelle tout comme l'a été sa propre mère avec elle quand elle lui a dit qu'elle aurait souhaité que ce soit elle qui meure plutôt que sa soeur et qu'elle a été accusée de sa mort faute de ne pas avoir assez prié pour elle, alors qu'elle avait 12 ans.
Sa psychanalyse l'a toujours amenée à comprendre sa mère tout comme ici dans cet exemple où elle dépose toute sa compassion pour les souffrances de cette femme ignoble qui brûle les doigts de sa fille. Malheureusement, ce sont des millions d'auditeurs, de lecteurs et de nombreux patients qui ont payé le prix de son aveuglement et de sa dévotion à sa mère.
La seule issue qu'elle ait trouvé pour rester dans le mensonge et l'ignorance était de se convaincre elle-même qu'elle avait choisi de naître auprès d'une mère méprisante et cruelle. Le plus grave est qu'elle ait fait de cette absurdité dangereuse une vérité et que de nombreuses personnes aujourd'hui continuent à survivre dans cette grotesque tromperie."


A Voir Aussi:

Les Caisses d’Assurance Maladie Financent le Lobbyisme Généré Autour des Agresseurs de Mineurs.

Traduction de l'article "Krankenkassen finanzieren die Lobbyarbeit für Kinderschänder" de Klaus Schlagmann sur le site d'Alice Miller.

Les abus sexuels commis envers les enfants sont défendus, cautionnés, et encouragés par de nombreux professionnels comme le montre l'article parce qu'ils pensent que l'on abuse de l'enfant pour son bien, et donc qu'il est bien d'abuser de l'enfant.

Les caisses d’assurance maladie financent le lobbyisme généré autour des agresseurs de mineurs.

Lundi 11 septembre 2006


Les dirigeants de la chambre des psychothérapeutes refusent le dialogue.


  • Les coupables d’agression sur mineur rejettent souvent la faute sur leurs victimes.

  • Dans un article publié par une revue spécialisée en psychothérapie en 1999 on peut lire : «Une élève de primaire qui est violée par son père ressent un sentiment naturellement excitant de supériorité sexuelle sur sa mère ! Elle doit vivre avec cette culpabilité»

  • Cette thèse est en fait proche de la théorie de Sigmund Freud, dont on célèbre cette année dans le monde entier le 150ème anniversaire.

  • Les dirigeants de la chambre des psychothérapeutes du Land de la Sarre s’opposent jusqu’à ce jour à un dialogue constructif sur ces idéologies développées autour des coupables d'agression sexuelle sur mineur.

  • je lance un appel aux organismes de prise en charge des soins psychothérapeutiques et ainsi qu’au grand public : aidez-nous à faire cesser ce lobbyisme ambiant autour des agresseurs sexuels d’enfants.


Lors de leurs procès pour agression sexuelle sur mineur, les coupables rejettent souvent la faute sur leurs victimes en prétendant avoir été provoqués par ces dernières. Un transfert de culpabilité en direction des victimes se fait en plus de façon quasi «professionnelle» (et sûrement inconsciente) au travers du financement d’une soi-disant «psycho-analyse» par les caisses d’assurance maladie. Un exemple : une femme souffre de grave dépression, elle a été abusée sexuellement par son père alors qu’elle n’avait pas 10 ans. Son psychanalyste commente : « La jeune écolière a ressenti dans ses moments-là un sentiment naturellement excitant de supériorité sexuelle sur sa mère et doit accepter sa part de culpabilité». C’est ce que prétend Otto F. Kernberg, membre du conseil présidant un séminaire de psychothérapie à Lindau. Il a défendu cette thèse et d’autres du même genre en 1997 sans rencontrer la moindre opposition et les a publiées en 1999.


Comment expliquer ce cruel désintéressement qui s’affiche dans les milieux spécialisés en psychothérapie à l’égard des enfants victimes d’agressions sexuelles ?

Une ouvrage de psychothérapie de plus de 100 ans et dont on fait l’éloge aujourd’hui encore n’est rien de moins qu’un manuel à l’intention des délinquants sexuels sur enfants : Un homme de 27 ans, M. Z., agrippe une jeune fille de 13 ans dans son bureau et l’embrasse sur la bouche contre son gré. L’adolescente sent que l’homme a une érection. Ecoeurée, elle se libére de son emprise et s’enfuit. Ceci prouve qu’elle devait déjà être «complètement hystérique» : « au lieu de ressentir une émotion génitale [= désir sexuel] comme l’aurait fait toute jeune fille sensée de cet âge, c’est un sentiment d’écoeurement qui prend le dessus !» Le spécialiste : « Je connais M. Z, c’est un jeune homme bien sous tous rapports». Deux ans plus tard, la jeune fille répondit à une demande en mariage de cet homme (par ailleurs déjà marié) par une gifle. L’auteur analyse comme suit : «Le simple fait qu’elle ait parlé de cet incident à ses parents est un acte qui démontre sa soif de vengeance. Une jeune fille normale aurait je pense réglé le problème toute seule». Donc apparemment des adolescents «normaux» et «sains d’esprit» garderaient leur calme face à une telle insistance, ils profiteraient du plaisir qu’ils ressentiraient et n’en diraient mot à leurs parents !


Sigmund Freud, l’auteur de cet «ouvrage» («Fragments d’une analyse d’hystérie», 1905), applique depuis 1897 la thèse de l’enfant pervers polymorphe et du complexe d’Oedipe. L’aversion des adolescents face aux agressions des adultes est pour lui l’expression de troubles psychiatriques supposément liées à des perversions infantiles. Voilà qui conduit pour eux tout naturellement à la thèse, présentée par Otto Kernberg, de «l'excitation engendrée par la supériorité sexuelle» d’un enfant violé et de la «culpabilité» de ce dernier. Le président de longue date de l’Association Psychanalytique Internationale continue malheureusement de défendre ce point de vue avec succès auprès de soi-disants professionnels, comme le montre l’annonce d’une manifestation dont il fut l’un des organisateurs, fin 2006 à Rottweil :

http://www.milton-erickson-institut.de/programm/workshops/kernberg.html

La «thérapie» préconisée par Kernberg conduit à mon avis plutôt à une aggravation de l’état de santé des victimes ! C’est pourquoi je milite depuis l’an 2000 contre la position de Kernberg, et cela dans le cadre de congrès ou de discussions, par mes publications, la diffusion d’emails ou encore sur un site internet (http://www.oedipus-online.de). Mes critiques ont parfois été violemment rejetées et la plupart de temps tout simplement ignorées. Le 19 décembre 2000 j’ai demandé le soutien du ministère de la santé et de la cohésion sociale du Land allemand de la Sarre. Le chargé des questions psychiatriques Ingwardt Tauchert a rejeté ma demande en prétendant que la question n’était pas du ressort des politiques mais de la chambre des psychothérapeutes. Mais celle-ci n’avait pas encore vu le jour à ce moment-là ...


Lorsqu’une telle chambre fut créée dans la Sarre en 2004, j’ai voulu faire passer un message via le courrier des lecteurs de son bulletin officiel, le FORUM, lequel est adressé gratuitement à ses 408 membres. Je m’appuyais alors sur de nombreuses déclarations de Kernberg pour lancer un appel à mes collègues : «Dans l’intérêt de nos clientes et pour la défense de notre profession, nous devrions nous unir pour rejeter fermement des affirmations aussi inhumaines que celles citées plus haut !» Ma lettre n’a pas été publiée. Cause invoquée par la présidente de l’assemblée dans le FORUM N° 4 de septembre 2004 : «Le FORUM ne doit pas devenir un outil de polémique et d’échanges de préjugés» !

J’ai ensuite porté le sujet à l’ordre du jour lors de l’assemblée des représentants de cette chambre du 28 février 2005,. Dans le compte rendu de la séance, il était dit que mes critiques dénigraient nos méthodes de travail. Mes efforts pour ouvrir le débat sur le sujet ont systématiquement rencontré le refus de la présidence de la chambre, et ce jusqu’en mars 2006. (voir par exemple : http://www.oedipus-online.de/rohr.html


Etant donné que mes nombreuses tentatives d’ouvrir le dialogue auprès de mes confrères à travers tout le pays sont restées vaines, je lance à présent un appel à ceux qui financent la psychothérapie ainsi qu’au grand public :

  • les victimes d’abus sexuels souffrent déjà bien assez d’un sentiment de culpabilité, leur agresseurs les ayant souvent influencés en ce sens. Faites stopper les agissements de ces «spécialistes» qui ne font qu’aggraver ce sentiment de culpabilité chez les jeunes abusés !

  • faites cesser le financement des activités de lobbyisme autour des agresseurs d’enfants !

  • faites pression sur la direction de la chambre des psychothérapeutes de la Sarre pour qu’ils acceptent d’ouvrir le débat sur cette anomalie d’interprétation !